Vendredi dernier, j’assistais à une conférence sur les dangers des communications sur Facebook et autres réseaux sociaux pour les jeunes dans le cadre des Tribunes de la Presse à Bordeaux. Parmi les intervenants, Madame Delphine Reyre, directrice des Affaires publiques de Facebook Europe. Salle comble : big data, fausses informations, vie privée, les participants ont dressé un portrait peu réjouissant. Débat intéressant. Je suis pourtant restée sur ma faim, les sujets étant plus effleurés qu’explorés.

Jusqu’à ce que…

À la sortie de la conférence, le hasard m’a amenée à tomber nez à nez avec Mme Reyre ! N’écoutant que mon courage (et mon envie de vous trouver de bons sujets de chroniques), je me suis précipitée sur l’occasion ! Très aimablement, elle m’a accordé une petite entrevue improvisée.

La communication par Facebook, incontournable ?

Bon avant tout, je dois vous avouer quelque chose. Avoir devant soi une « Madame Facebook », ça n’arrive pas tous les jours et oui, ça fascine ! On a parfois l’impression que Facebook est une immense machine, un aspirateur à data, un monstre désincarné. Bref, tout sauf une entreprise comme les autres !  Alors très spontanément, je lui ai demandé si, à l’interne, ils étaient conscients de leur importance, des implications de Facebook dans toutes les sphères sociales. Sa réponse m’a laissée bouche bée !

Oh vous savez, tout ça, c’est éphémère !

Attendez… On parle bien de Facebook et de ses 1,8 milliards d’utilisateurs dans le monde ?

« Tout le monde voit Facebook comme un gros chat ronronnant mais on sait que c’est très fragile. Les jeunes sont déjà en train de migrer vers Snapchat, les choses changent tellement vite ! Dans les pays moins développés, la communication par Facebook est centrale mais dans les pays riches, on doit s’adapter en permanence.»
En 2012, à notre entrée en bourse, on a failli disparaître parce qu’on n’avait pas compris le mobile. On a dû s’adapter rapidement. On a réussi le virage in extremis et on est devenus précurseurs de la publicité sur smartphone mais rien n’est jamais gagné. On est en processus de hacking constant»

Facebook, un service public ?

« En revanche, on est conscient des modifications sociales apportées par Facebook. On nous accuse de tous les maux, mais les gens continuent d’utiliser notre plateforme. Il y a un rapport d’amour-haine envers Facebook.»

Lors des attentats du 13 novembre, c’était la première fois qu’on utilisait le bouton « safety check ». Les utilisateurs ont beaucoup apprécié ce système. Mais quand les attentats de Bruxelles sont arrivés, on a eu des appels des gouvernements pour nous demander pourquoi nous n’avions pas actionné le dispositif aussi rapidement que pour Paris ! Finalement, les gens comptent sur Facebook pour beaucoup de choses, ils prennent ses services pour acquis. On est en train de développer un système pour que les gens s’auto-déclarent en sécurité pour décharger Facebook de toute responsabilité. Le danger, c’est d’être considéré comme un service public, ce qu’on refuse ! »

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Le « safety-check » de Facebook

Facebook, un média ou une plateforme de communication ?

Lors du débat, la question fut posée : Facebook est-il responsable du contenu posté ? Ce à quoi Mme Reyre a répondu qu’il était impossible de vérifier chaque publication. Impossible et surtout immoral car cela irait à l’encontre du respect de la vie privée.

Leur parti pris est donc de ne bloquer que ce qui a trait à la nudité pour éviter toute exposition de pornographie aux enfants. Le reste est laissé à la discrétion de l’utilisateur. En agissant de la sorte, ils se délestent d’un rôle de censeur qu’ils refusent.

Pourront-ils garder cette posture encore longtemps ? Avec les critiques sur la victoire de Trump favorisé par les publications, rien n’est moins sûr…

Quelle est la position de Facebook sur la communication des datas ?

Je lui ai également demandé ce qu’elle pensait de la méconnaissance des jeunes quant à l’utilisation de leurs données. La réponse fut plus évasive…

« Il est clair qu’il faut éduquer les jeunes aux réseaux sociaux. Que ce soit pour les images trash ou pour la protection de leur vie privée, il faut qu’ils prennent conscience de la bonne façon de faire sur Facebook. Nous avons des guides disponibles en ligne. On a tout mis à disposition, ce sont aux parents et aux utilisateurs de les lire.»

« Notre but c’est que les utilisateurs maîtrisent l’outil. On travaille pour être le plus transparent possible. »

Je conserve tout de même quelques doutes sur la capacité des gens à se dépatouiller dans les très nombreuses sections informatives de Facebook. De là à dire que c’est volontaire, ça relèverait du complotisme… (ou pas !)

Informations et contenus sponsorisés

Sur Facebook, on sait tous que notre fil d’actualité se compose essentiellement de publications des pages, d’amis ET de publicités plus ou moins bien ciblées. C’est d’ailleurs la base de leur modèle économique. Or, une étude de l’Université de Standford révèle que Seuls 18% des jeunes font la distinction entre informations et publicité ! Click To Tweet

Pour 82% des jeunes, la mention explicite « sponsored content » n’a pas suffi à leur mettre la puce à l’oreille quant à l’objectif du message publié. Deux tiers des gens interrogés considéraient que la photo et les détails publiés suffisaient à donner du crédit, la source important peu.

Quand on met cette étude en perspective avec le discours de Facebook, on se demande jusqu’à quel point les jeunes sont réellement protégés des méfaits des hoax et publicités sur les réseaux sociaux.  Certes, comme le rappelle Mme Delphine Reyre, il est impératif que les jeunes (et moins jeunes) apprennent et comprennent les outils dont ils se servent tous les jours, mais on peut également se demander jusqu’à quel point ça n’arrange pas tout le monde qu’une certaine confusion règne.


 

Cette petite conversation m’aura ouvert certaines perspectives mais également rajouté quelques zones d’ombre sur la stratégie de Facebook et sa communication auprès des jeunes. Il sera intéressant de suivre la volonté de chasse à la désinformation promise par Mark Zuckerberg.

Merci beaucoup à Madame Delphine Reyre pour le temps qu’elle m’a accordé.